LA
RÉPÉTITION DES SIGNAUX SUR LES MACHINES
par
Gilbert
Manévy (Extrait du bulletin du Pacific Vapeur Club.)
(d’après
Philippe
Roland, La Vie du Rail, janvier à septembre 1980)
Pour
que les signaux puissent
assurer la sécurité des circulations, il faut trois
conditions :
-
Que le
signal soit
toujours présenté à l’agent de conduite en position convenable et en
temps utile.
-
Que le signal soit vu
par l’agent de conduite et que celui-ci n’ait aucun doute sur l’image
qui lui est présentée.
-
Que l’agent de
conduite connaisse parfaitement la signification du signal et se
conforme strictement aux commandements imposés par ce signal.
Au début de
l’exploitation des chemins de fer, les trains roulaient à
faible vitesse. Les chaudières des locomotives à vapeur
étaient courtes et ne constituaient pas un obstacle à
la visibilité vers l’avant. On ne pensait
pas qu’un
mécanicien pût jamais passer au droit d’un signal sans
le voir.
D’autre part, si
l’adoption
d’un dispositif de répétition sur les machines ne
soulevait aucune objection de principe, elle se heurtait à
deux objections pratiques :
- Aucun
appareil n’est
parfait, c’est-à-dire sans aucun risque de dérangement.
S’il y a dérangement, il faut que ce soit toujours
dans le
sens de la
sécurité. Pour être fiable, l’appareil doit toujours
donner l’indication « signal fermé »,
si le signal est fermé (c’est sa fonction). En revanche s’il
est en dérangement, il ne doit pas pouvoir donner l’indication
« signal fermé » si le signal est
ouvert. Dans ce cas, il y aurait un arrêt intempestif du train
qui pourrait être nuisible à la sécurité
des circulations.
- Etant
donné que
l’adoption d’un dispositif de sécurité risque
d’émousser la vigilance des mécaniciens qui se
reposeront sur ses indications, on peut se demander si la mise en
place d’un dispositif imparfait
ne serait pas, en définitive, plus nuisible qu’utile à
la sécurité.
Les ingénieurs des
réseaux se partagent en deux écoles :
- Ceux de la première
école sont d’avis de se fier uniquement à la
vigilance des mécaniciens, compte tenu des deux objections
pratiques ci- dessus.
- Ceux de la seconde
sont de
l’avis contraire.
Le
nombre de ces derniers va peu
à peu augmenter au fur et à mesure de l’évolution
des matériels et des techniques d’exploitation.
Les locomotives devinrent
de
plus en plus puissantes, avec des chaudières de plus en plus
longues, occupant la quasi-totalité du gabarit et formant un
large obstacle à la vue du mécanicien vers l’avant.
La surélévation des corps cylindres entraîna la
réduction presque à néant de la hauteur des
cheminées, ce qui fit apparaître des rabattements de
fumée vers l’abri et une nouvelle réduction de la
visibilité.
Quelques graves
catastrophes
dues à l’inobservation des signaux émurent l’opinion
publique et donnèrent des arguments aux partisans des
dispositifs de répétition.
ÉVOLUTION DU CONCEPT DE RÉPÉTITION.
La
première idée
mise en pratique par les inventeurs fut celle d’une répétition
mécanique, obtenue par un appareil posé sur la voie,
dépendant de la position du signal et donnant, par la
rencontre d’une pièce mobile fixée sous la machine,
l’indication du signal.
Un
dispositif de ce genre
fut
même breveté en Grande-Bretagne en 1850.
Conçus
par des inventeurs
peu au fait des réalités de la technique ferroviaire,
ces appareils ne donnèrent pas satisfaction et aucun ne fut
adopté par les réseaux.
On
leur reprocha surtout
le
risque de mauvais fonctionnement du signal que pouvait entraîner
le poids de la pédale mobile fixée dans la voie et
reliée à la transmission ainsi que l’impossibilité
d’obtenir un fonctionnement régulier aux vitesses élevées.
LES DIVERS SYSTÈMES EN FRANCE AVANT
1900.
LE CROCODILE
NORD DE
LARTIGUE
ET FOREST.
La
Compagnie du Nord fut
la
première des réseaux français à être
persuadée de l’utilité de la répétition
des signaux sur les machines.
En
1872, un appareil
de
répétition à contact électrique, le
« sifflet auto-moteur », fut imaginé par
deux
ingénieurs de cette
Compagnie, Lartigue et Forest.
En
1880, toutes les lignes
à
double voie de la Compagnie du Nord étaient équipées
de ce dispositif qui fut à la base de l’actuel système
de répétition des signaux sur les voies classiques du
réseau français.
Nous
décrirons plus loin
le fonctionnement de cet appareil.
Auparavant,
nous allons
parcourir l’histoire de cette recherche, examiner succinctement les
divers types d’appareils qui sortirent de l’imagination des
inventeurs et les péripéties administratives qui ont
jalonné cette histoire.
LA
CATASTROPHE DE
SAINT-
MANDE
ET L’APPAREIL RIBARD.
Le
26 juillet 1891, la
catastrophe de Saint-Mandé (184 victimes dont 46 morts), due à
un défaut de respect de la signalisation, relança la
recherche d’appareils destinés à suppléer la
vigilance des mécaniciens.
Dès
septembre 1891,
l’ingénieur de l’Ouest Paul Ribard présenta un
dispositif qui devait provoquer l’arrêt automatique d’un
train franchissant un signal d’arrêt fermé. Une pièce
métallique mobile disposée sur la voie, solidaire de la
position du signal, venait se placer, lorsque le signal était
à l’arrêt, dans une position telle qu’elle brisait
un tube de verre, qui, sur la machine, faisait partie de la conduite
d’air du frein automatique, provoquant la vidange de cette conduite
et l’arrêt du convoi.
On
reprocha à ce
dispositif de n’être applicable qu’aux trains équipés
du frein automatique (ce qui n’était pas le cas de tous les
trains à cette époque) et de provoquer un arrêt
automatique qui pouvait se révéler intempestif.
Fin
1891, Paul Ribard
présenta
un autre appareil. Un couteau, disposé sur la voie, solidaire
de la position du signal, venait se placer, lorsque le signal était
à l’arrêt, dans une position telle qu’il sectionnait
une lanière de cuir bandée, située sous la
machine et dont la détente actionnait un signal d’alarme
sous l’abri.
Aucun des deux
appareils
Ribard
ne fut jugé suffisamment fiable pour être recommandé
aux réseaux
L’APPAREIL
MARIN.
En novembre 1893, un
inventeur,
monsieur Marin, soumettait au Comité de l’Exploitation
Technique, conseil du ministère des Travaux
Publics,
un appareil de
répétition des signaux. Le Comité estima qu’il
y avait lieu d’en faire l’essai sur le réseau de l’Etat.
La Vie
du Rail
du 6 janvier
1980 donne de cet appareil une description détaillée,
résumée ci-après :
L’appareil
Marin se
composait
de deux éléments, une pédale fixée sur la
voie, entre les rails, dont la position était solidaire de
celle du signal et un appareil avertisseur-enregistreur monté
sur la machine.
Ce
dernier était
déclenché par le mouvement d’un levier coudé
vertical fixé sous la machine qui venait frotter contre la
pédale quand celle-ci était en position « signal
fermé ».
La
pédale était
constituée de 2 parties :
-une
partie de 3,1 m de
long,
mobile, dans le plan de la voie, autour d’un axe vertical
-une
partie fixe de 3,50 m
de
long, faisant suite à la partie mobile dans le sens de
circulation des trains, fixée sur les traverses avec une
inclinaison de 5cm/m sur la direction des rails.
Signal
ouvert, la partie
mobile
était parallèle aux rails et le levier coudé ne
la rencontrait pas, alors que, signal fermé, elle était
dans le prolongement de la partie fixe.
Dans
cette position, le
levier
coudé rencontrait la pédale. Il effectuait alors une
rotation de 90° qui déclenchait un sifflet ou un carillon
mécanique sous l’abri de la locomotive.
Sur
le bras libre du
levier
coudé, une douille de bronze adoucissait le frottement du
levier sur la pédale. Nous verrons dans un prochain numéro
quelles suites administratives et réglementaires furent
données à cette invention et les autres dispositifs qui
furent proposés dans les années qui suivirent.

LA
RÉPÉTITION DES SIGNAUX SUR LES MACHINES (suite)
Malgré
les résultats assez satisfaisants des expériences
faites sur le réseau de l’Etat, le Comité de
l’exploitation technique estima que la résolution du
problème de la répétition des signaux sur les
machines ne s’imposait nullement. Il se refusa à recommander
aux réseaux l’appareil Marin
« dont le prix lui paraissait entraîner une dépense
disproportionnée avec le faible surcroît qu’il
apporterait à la sécurité ».
Et
l’on vit resurgir la crainte que les mécaniciens se montrent
moins attentifs à l’observation des signaux. Le Comité
de l’exploitation technique, en septembre 1896, ne se montra pas
favorable à ce que soient effectués des essais d’un
appareil Laffas
qui mettait en œuvre le frein automatique par l’action d’un
« pendentif » sous la machine.
Le
3 mai 1896, l’accident d’Albert (réseau du Nord) appela à
nouveau l’attention de l’opinion publique sur le problème
de la répétition des signaux sur les machines. Marin
modifia son appareil. Pour répondre aux objections concernant
la vigilance des mécaniciens, il ajouta un dispositif de
contrôle de la vigilance. Ce dispositif enregistrait la
position des signaux fermés et permettait, en cas de
franchissement provoquant un accident, de mettre en évidence
la faute du mécanicien. Il remplaça la sonnerie sous
abri par la mise en action du sifflet de la locomotive. L’appareil
Marin
modifié fut essayé en mai 1897 sur le réseau de
l’Etat. Ces essais ponctuels furent jugés satisfaisants. Le
ministre des Travaux Publics estima alors, à juste titre,
qu’il convenait d’élargir l’expérience et de
procéder à une série d’essais de cet appareil
sur d’autres réseaux et sur des lignes à fort trafic.
Par
circulaire en date du 4 septembre 1897, il invita les réseaux
à effectuer ces essais.
La
circulaire n’eut aucun écho auprès des réseaux.
Et
les accidents se succédèrent : Le 9 mai 1898 sur
la ligne Paris/ Belfort 4 morts et 16 blessés au tunnel de La
Pommeraye. Le 18 février 1899 sur la GC, 18 blessés à
Valenton.
Ces
deux accidents graves survenus sur des lignes exploitées par
le réseau de l’Est remirent la question à l’ordre
du jour. Ils émurent l’opinion publique et incitèrent
le ministre des Travaux Publics à sortir de son laxisme.
Par
décision ministérielle du 12 juin 1899, la Compagnie de
l’Est fut « invitée » à
procéder à des essais de répétition des
signaux sur la ligne de Vincennes.
Les
responsables ministériels et ceux de la Cie de l’Est furent
pris de vitesse : le 5 août 1899 une nouvelle catastrophe
se produisit à Juvisy, faisant 17 morts et 102 blessés.
Le
Comité technique remit un rapport au ministre. Celui-ci
adressa à tous les réseaux la circulaire du 18
septembre 1899 leur demandant très fermement d’entreprendre
des essais et de lui soumettre, dans un délai de trois mois,
la description de l’appareil qu’ils se proposaient
d’expérimenter.
La
circulaire précisait que « l’objection
de principe faite à ces divers systèmes que l’on
accuse d’émousser l’attention du mécanicien et de
devenir, en cas de non-fonctionnement, une cause de danger, disparaît
si l’on peut les compléter par un appareil de contrôle
mettant en évidence la faute commise par le mécanicien ».
On
rejoignait le concept mis en œuvre par Marin
et il devenait patent que le gouvernement ne faisait plus obstacle à
la répétition des signaux sur les machines.
Cette
circulaire de 1899 ne reçut qu’un accueil peu empressé
auprès des réseaux.
En effet il subsistait toujours une prévention des ingénieurs
ferroviaires contre le principe des appareils de répétition
des signaux par crainte des « ratés ».
En
revanche la circulaire réveilla l’imagination des inventeurs
et une profusion d’appareils fut proposée aux réseaux.
La plupart étaient à fonctionnement uniquement
mécanique. La liste en est longue (Marin, Ribard, Laffas,
Keller, Poublan, Gary et Reynet, Van Braam, Cousin, Rochatte et
Soubrier, Vilpou, etc.)
Quelques
appareils à fonctionnement électrique, dérivés
du crocodile Nord de Lartigue
et
Forest, furent
également expérimentés. Ce fut le cas de
l’appareil Netter
et Queyroul
dont les essais furent demandés aux réseaux par une
circulaire du 28 janvier 1901 dans laquelle le ministre des Travaux
publics souhaitait « que
la question de la répétition automatique des signaux de
la voie, qui intéressera au plus haut point la sécurité
de la circulation, aboutisse promptement ».
Promptement !! On croit rêver !!!
Le
ministre rédigea deux nouvelles « circulaires »
(30 avril et 25 octobre 1902), ce
qui ne fit pas avancer la question.
LE
XXème SIECLE.
En
1904, il apparut que les essais entrepris par les réseaux ne
permettaigent pas de choisir un appareil susceptible d’être
imposé à toutes les compagnies.
Le
ministre s’impatientait et, le 20 avril 1904, il envoya une énième
circulaire demandant aux réseaux de s’entendre entre eux
pour formuler, avant le 1er
octobre 1904, des propositions pour l’adoption d’un dispositif
uniforme (sur la voie) pour actionner les organes installés
sur la machine. Pour ces appareils avertisseurs à monter sur
les machines, le ministre laissait chaque réseau libre de son
choix, lui demandant de présenter ses propositions avant le
1er
avril 1905.
Cette
« invitation » n’eut pas plus de résultat
que les interventions ministérielles précédentes
et deux ans passèrent encore.
Le
2 mars 1906, devant l’échec de ses initiatives précédentes,
le ministre invita le Comité de l’exploitation technique à
examiner s’il ne conviendrait pas de laisser chaque réseau
libre de choisir « le dispositif de voie »
qui aurait sa préférence.
L’uniformité
du dispositif avait été imposée par la
circulaire du 20 avril 1904 pour des raisons militaires. Le
gouvernement souhaitait, qu’en cas de mobilisation, les locomotives
des divers réseaux puissent circuler sans difficultés
sur l’ensemble des lignes du réseau français.
Après
réflexion, le Comité de l’exploitation technique
estima, qu’en cas de guerre, les trains militaires ne rouleraient
pas à grande vitesse et que la sécurité serait
suffisamment assurée par l’observation des signaux par les
mécaniciens.
Sans
renoncer au principe de l’uniformité du « dispositif
de voie » pour les installations définitives, le
Comité de l’exploitation technique estima donc qu’il
fallait laisser toute liberté aux réseaux pour faire
des essais comparatifs en vraie grandeur avec des modes de commande
variés. Le Comité émit auprès du ministre
l’avis qu’il fallait « inviter » les
réseaux à présenter des propositions pour
l’équipement d’une ligne à forte circulation et
d’un nombre significatif de locomotives en vue d’une
expérimentation de longue durée.
Cette
« invitation » fut l’objet de la circulaire
du 31 juillet 1907.
Cette
circulaire précisait :
-le
dispositif de voie pourra être quelconque.
-l’appareil
pourra ne répéter sur la machine que les indications
des disques rouges et des carrés avertisseurs à damier
vert et blanc et seulement quand ces signaux sont fermés.
L’enregistrement du franchissement n’a besoin d’être
donné que dans les mêmes cas.
-pour
la répétition sur la machine, un signal acoustique
suffit. Il doit être audible du mécanicien et du
chauffeur mais aussi des agents de train ou au moins du conducteur de
tête.
-dans
le cas où l’appareil comporterait un dispositif permettant
au mécanicien de supprimer son déclenchement s’il a
reconnu d’avance et en temps utile le signal fermé, ce
dispositif devra pouvoir être mis hors service le temps des
essais.
-pour
les appareils à commande électrique, il est demandé
d’expérimenter l’emploi de sources électriques sur
la machine et non plus sur la voie.
-il
n’est pas utile que l’appareil agisse sur le frein continu.
LA
REACTION DES RESEAUX.
Exception
faite du Nord, très en pointe sur la question et qui mettait
déjà en œuvre son crocodile Lartigue
et Forest,
les réseaux reprirent leurs essais.
L’Est
et le PLM reprirent les essais d’appareils électriques
dérivés du crocodile Nord.
L’Ouest
reprit l’appareil Ribard
modifié.
L’Etat
essaya les appareils Van
Bramm et Cousin.
Le
PO et le Midi reprirent l’expérimentation de l’appareil
Poublan.
Les
services de contrôle rendirent compte au ministre des résultats
obtenus le 4 novembre 1908 et le 27 juin 1910.
Où
en était alors la question ?
Les
essais avaient été très importants. Ils avaient
permis d’éliminer définitivement certains appareils
et de retenir ceux qui, malgré quelques ratés,
notamment en hiver, étaient susceptibles d’être
adoptés en service courant, fut-ce au prix de quelques
perfectionnements.
Aucune
décision n’avait été prise lorsque deux
accidents très graves affolèrent l’opinion.
Le
18 juin 1910, l’accident de Villepreux fit 21 tués et 46
blessés. Le 14 février 1911, celui de Courville fit 12
tués et 14 blessés.
Le
ministre se fit interpeller à la Chambre. Il déclara
alors qu’il jugeait utile de passer sans plus tarder de
l’expérimentation à l’application pour les trains
rapides roulant sur des lignes très chargées.
La
circulaire (encore une) du 21 mars 1911 demandait aux réseaux
de faire définitivement leur choix et de présenter,
pour l’hiver suivant, un programme d’application sur certaines
lignes très chargées.
Les
réseaux, toujours réticents, présentèrent
des programmes qui n’étaient en fait que des propositions
d’essais agrandis.
Deux
nouvelles circulaires (30 août et 27 novembre 1913) pressaient
les réseaux d’établir d’urgence des projets en vue
d’une réalisation définitive.
Le
4 novembre 1913, l’équipement de Paris/ Dijon n’avait
toujours pas été fait lorsque se produisit la
catastrophe de Melun que la répétition des signaux eut
sans doute évitée.
Excepté
le Nord, les réseaux n’ont pas apporté à
résoudre cette question toute l’énergie qu’ils ont
mise dans l’étude d’autres sources de progrès.
Pourquoi ? La prévention des ingénieurs contre ce
dispositif qui, à leurs yeux, diminuerait la vigilance des
mécaniciens est une raison. La crainte des dépenses
importantes que ne manqueraient pas d’engendrer la mise au point,
l’installation et l’entretien de ces installations en est une
autre.
On
en était là le 2 août 1914……
LA
RẺPẺTITION DES SIGNAUX SUR LES MACHINES (3)
d’après
Philippe Roland, La Vie du Rail, janvier à septembre 1980)
Dans le précédent bulletin, nous nous sommes quittés le 2 août 1914, jour de
la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne. Cette guerre, qui
allait durer plus de 4 ans, interrompit les recherches et essais sur la
répétition des signaux. Les ingénieurs et techniciens des réseaux de
chemins de fer avaient à faire face à une tâche plus urgente qui
les accaparait totalement : faire rouler des trains coûte que coûte
pour acheminer les moyens militaires, hommes et matériels, vers le
front.
De 1900 à 1914 de
nombreux essais avaient été entrepris par les réseaux français à la
suite de la parution de la circulaire de 1899. Nous avons suivi
l’évolution, sur ces 15 ans, des principes qui devaient s’appliquer à
ce système de sécurité. Nous avons aussi vu évoluer les mentalités,
tant chez les dirigeants des grandes compagnies que dans
l’Administration de tutelle donc des responsables politiques.
Nous allons maintenant
plonger dans la « forêt » de solutions et revenir sur
l’aspect technique des principaux appareils cités, sachant que cette
période vit peu à peu tous les « systèmes mécaniques »
abandonnés au profit des « systèmes électriques »,
c’est-à-dire l’utilisation du principe de l’appareillage Nord
(frottement d’une brosse métallique isolée fixée sous la machine sur un
crocodile mis sous tension par un commutateur actionné par le signal).
LES ESSAIS ET EXPERIENCES
SUR LE RESEAU DE L’EST.
Le Réseau Est concentra ses
efforts sur les essais et la mise au point de l’appareil MARIN déjà
décrit . Les essais firent apparaître un certain nombre de
défauts :
-si le signal n’était
pas franchement fermé, il pouvait se produire, entre le levier coudé et
la pédale, un choc brutal susceptible de détériorer la pédale.
-le levier coudé fixé
au châssis de la machine suivait les mouvements de ce châssis dus à
l’effet de la suspension. Il était ainsi exposé à des chocs contre des
obstacles de la voie. On essaya de fixer ce levier sur les boîtes
d’essieux mais les vibrations provoquèrent rapidement le cisaillement
des boulons d’attache.
L’appareil MARIN
n’étant pas au point, le Réseau Est abandonna le principe même d’une
commande mécanique et s’orienta vers une solution de déclenchement par
contacts électriques du type du « crocodile » en usage sur le
Réseau Nord.
Le Réseau Est estimait
aussi qu’il était raisonnable, en cette période de tensions avec
l’Allemagne, d’adopter un système dont la commande sur la voie soit la
même que celle du Réseau Nord pour faciliter l’interopérabilité des
machines entre les deux réseaux.
Le Réseau Est équipa
donc deux de ses machines d’un « sifflet auto électromoteur »
et installa deux crocodiles sur la voie paire de la ligne
Paris-Belfort.
Après la parution de
la circulaire du 31 juillet 1907, le Réseau Est se lança dans un
programme d’essais plus important qui se poursuivirent jusqu’en 1914.
Les ingénieurs de
l’Est apportèrent quelques modifications techniques au dispositif
Nord :
-Ils remplacèrent, sur
la machine, le sifflet par une trompe ou une sirène.
-Pour combattre
l’effet du givre qui entraînait un nombre important de ratés avec le
crocodile du Nord, ils conçurent et expérimentèrent un crocodile
« à gril ».
-Ils
installèrent dans l’appareil Flaman un troisième style disposé entre le
style des temps et celui des vitesses. Ce style était actionné par 2
électroaimants. Selon que le signal était ouvert ou fermé, un des
électroaimants commandait au style, lors du passage de la brosse sur le
crocodile, de tracer un petit trait vertical au-dessous de
l’horizontale (signal ouvert) ou au-dessus de cette ligne (signal
fermé).
-Allant
encore plus loin dans la surveillance des actions du mécanicien, ils
installèrent un dispositif dit « de vigilance ». Une poignée
permettait au mécanicien se dirigeant vers un signal fermé d’imprimer
au style des temps un mouvement de soulèvement très rapide qui
produisait sur la courbe un trait vertical. Au dépouillement de la
bande, la vigilance ou la défaillance du mécanicien pouvait ainsi être
mise en évidence sans contestation possible.
Pour en
terminer avec le Réseau Est, il ne faut pas oublier les essais,
effectués en 1913, d’un appareil avertisseur COLAS sur une machine du
dépôt d’Epinal.
L’originalité
de ce système était de fonctionner, non pas en courant continu
provenant d’une source fixe ou embarquée, mais par courant alternatif
fourni par une magnéto montée sur la machine et maintenue en place par
un ressort. La brosse, en frottant sur le crocodile, basculait
légèrement et libérait un verrou. Le ressort de maintien en position de
la magnéto « lançait » alors celle-ci. Le courant ainsi
fourni déclenchait un avertisseur sur la machine.
Le
crocodile du système COLAS était lui aussi original. Comme le crocodile
à gril type Est détériorait les brosses, le système COLAS proposait un
crocodile à dos lisse particulier. Pour éviter « l’accroche »
du givre, on avait recours à la propriété du pétrole de suinter au
travers des joints.
Le
crocodile était constitué d’une pièce en tôle emboutie galvanisée, très
robuste et contenant un réservoir rempli de feutre imbibé de pétrole.
Ce réservoir était placé sous la surface de contact. Cette surface
était percée de trous bouchés par des vis. Le pétrole suintait par
capillarité autour des filets des vis et se répandait sur le crocodile,
empêchant le dépôt de givre. Seule cette partie du système COLAS fut
retenue et mise en œuvre à grande échelle sur le Réseau Est.
LES ESSAIS ET
EXPERIENCES DU RESEAU DE L’ETAT.
L’APPAREIL
VAN BRAAM.
Son fonctionnement reposait
sur le principe du déclenchement d’un mouvement de rotation d’un arbre
actionné par un ressort sous l’effet du déplacement d’un pendentif
placé sous la machine à la rencontre de pédales solidaires des signaux.
Les disques étaient
munis d’une seule pédale et les carrés de 2 pédales.
Le passage sur la
première pédale présentée déclenchait une rotation limitée de l’arbre
qui restait alors maintenu par un simple ergot. Le passage sur la
deuxième pédale libérait l’ergot et l’arbre achevait son mouvement de
rotation.
La première rotation
(franchissement d’un disque fermé) provoquait une légère ouverture d’un
robinet sur la conduite de frein, ce qui faisait fonctionner un sifflet
d’alarme. La deuxième rotation (franchissement d’un carré fermé)
ouvrait en grand le robinet, mettait donc la conduite de frein à
l’atmosphère et provoquait l’arrêt automatique du train.
Après franchissement
d’un disque fermé, le mécanicien pouvait réarmer le dispositif sans
s’arrêter. En cas de franchissement d’un carré fermé, il ne pouvait
réarmer qu’après avoir arrêté son train.
Cet appareil avait
l’inconvénient de faire appel à l’air comprimé du système de freinage
et, par conséquent, de provoquer l’arrêt automatique du train. Cette
disposition fut longtemps considérée comme trop pénalisante pour une
fluidité de l’exploitation. De plus, l’appareil VAN BRAAM donna lieu,
dès les essais, à de nombreux ratés.
L’APPAREIL
COUSIN.
Les essais eurent lieu en
1900/1901. L’avertissement au mécanicien du franchissement d’un signal
fermé était tout à fait original. Il n’était pas produit par un sifflet
ou une trompe mais par l’explosion d’un pétard stocké dans un
« magasin » fixé sur un des côtés du tender. De plus, à
chaque détonation, l’explosion projetait sur la voie des jetons portant
le numéro de la machine et une poudre colorante permettant de repérer
le lieu de l’explosion. L’appareil était mis en action par un pendentif
fixé sous la machine et qui se déplaçait lorsqu’il rencontrait une
pédale solidaire de la position du signal.
Le déplacement du
pendentif provoquait la rotation d’un arbre qui, par l’intermédiaire
d’un pignon et d’une crémaillère, transmettait son mouvement à une tige
verticale. Celle-ci, à chaque déclenchement, actionnait, au moyen d’un
système à cliquet, la « distribution » d’un pétard (et d’un
seul) ainsi que la libération d’une masselotte qui venait frapper le
pétard et le faire exploser.
L’arbre portait 4
pendentifs disposés symétriquement par rapport à l’axe de la voie. Le
premier et le quatrième s’adressaient aux signaux carrés, le deuxième
et le troisième aux disques. Un dispositif permanent permettait au
mécanicien de relever ces deux derniers pendentifs pour éviter
l’explosion au passage sur un disque fermé qu’il avait vu lors de
l’approche.
Il avait été prévu un
chevauchement de 20mm des pendentifs sur les pédales. L’expérience
prouva qu’il fallait faire de fréquents réglages pour suivre l’usure
des bandages.
L’emploi d’un pétard
avec projection de matière colorante avait l’avantage de permettre de
retrouver avec certitude le signal franchi à l’arrêt mais au prix d’une
visite de la ligne pouvant demander un certain temps.
D’autre part on
observait que le même mode d’explosion étant utilisé pour appuyer les
disques et les carrés, il fallait, pour éviter tout risque de confusion
et d’affaiblissement de la signification des pétards, donner à ces
pétards la valeur d’un arrêt absolu.
Enfin on pouvait se
demander si le nombre de cartouches emmagasinées (six) serait suffisant
en cas de brouillard ou en regard du nombre de fonctionnements
intempestifs. Nous
verrons dans un prochain numéro, si vous le voulez bien, quels furent
les résultats des divers essais sur ces deux réseaux et les conclusions
qui en furent tirées.
LA
REPETITION
DES SIGNAUX SUR LES MACHINES (4)
d’après
Philippe Roland, La Vie du Rail, janvier à septembre 1980)
LES
PREMIERS RESULTATS.
Ces
expériences et essais ont fait apparaître certains
défauts qu’il convenait de corriger avant de passer à
des installations plus importantes.
L’APPAREIL
VAN BRAAM MODIFIE.
Nous
avons vu que le principal inconvénient de l’appareil Van
Braam était qu’il intervenait directement sur le
déclenchement du frein continu, ce qui était jugé
beaucoup trop contraignant par les ingénieurs exploitant le
réseau.
Ce
rejet était d’autant plus affirmé que l’appareil
donnait lieu à de fréquents déclenchements
intempestifs.
Pour
que son appareil ait des chances d’être homologué,
l’inventeur fut donc amené à supprimer l’action sur
le frein continu. L’appareil se bornait à actionner un
sifflet spécial avertisseur, tout en permettant
l’enregistrement des signaux fermés et le contrôle de
la vigilance.
Ainsi
modifié, il avait la faveur de nombre d’ingénieurs du
début du XX ème siècle car il était
exclusivement mécanique. La méfiance envers les
installations électriques était encore grande dans
cette génération d’ingénieurs mécaniciens,
souvent issus des écoles des Arts et Métiers.
Le
déclenchement était provoqué par quatre
« pendentifs » à ressort disposés
par groupe de deux de chaque côté de la machine, l’un
des groupes servant pour la marche en avant et l’autre pour la
marche « cheminée arrière ».
Les
pendentifs situés d’un même côté de la
machine formaient un tout fixé sur un berceau porté par
les boîtes d’essieux. Ils ne participaient donc pas au jeu
des ressorts de suspension, ce qui évitait de fréquents
réglages de leur hauteur par rapport à la voie.
Les
2 pédales encadrant le rail fonctionnaient simultanément
et il fallait que les 2 pendentifs soient actionnés pour
déclencher l’avertisseur. On évitait ainsi les
déclenchements intempestifs dus au choc de l’un des
pendentifs sur un obstacle.
De
même, si un obstacle empêchait le soulèvement de
l’une des pédales, le signal ne pouvait être fermé
(ce qui nécessitait un contrôle attentif de la position
des signaux au poste de manœuvre).
Le
déclenchement de l’appareil faisait apparaître un
voyant, actionnait le sifflet avertisseur et provoquait un
enregistrement mécanique sur la bande Flaman. Un bouton de
contrôle de vigilance, manoeuvré par l’agent de
conduite, produisait un enregistrement mécanique sur la bande
Flaman mais n’actionnait pas le sifflet
L’APPAREIL
COUSIN MODIFIE.

Pour
l’appareil Cousin, l’expérience montra que son
fonctionnement en ligne était satisfaisant. En revanche on
releva de nombreux fonctionnements intempestifs sur les voies des
dépôts par la rencontre avec des tas de mâchefer.
Ces incidents occasionnaient une consommation importante de
cartouches et le bruit des explosions était fort mal supporté
par le personnel à terre travaillant à proximité.
L’inventeur
proposa de remédier à ce défaut en transformant
son appareil à cartouches en appareil à sifflet. Les
organes de commande étaient conservés mais ils
actionnaient un sifflet avertisseur. La rencontre des signaux fermés
était enregistrée électriquement sur la bande
Flaman. Un levier de vigilance et de réarmement permettait
d’inscrire également sur la bande Flaman la vigilance de
l’agent de conduite se dirigeant vers un signal fermé. Cette
fonction était également électrique.
LES
AUTRES APPAREILS EN CONCURRENCE.
LE
CROCODILE TYPE EST.
Nous
avons vu au chapitre 3 en quoi consistait le crocodile type EST, à
fonctionnement entièrement électrique. Il fut décidé
de le mettre en concurrence dans le programme d’essais à
grande échelle mis au point par le réseau de l’Etat à
la veille de la déclaration de guerre de 1914.
L’APPAREIL
AUGEREAU
Comme
dans les appareils Cousin et Van Braam, le déclenchement était
obtenu par l’action de « pendentifs ». Un
astucieux dispositif faisait que le pendentif ne produisait d’effet
que s’il était sollicité en « traction »
et non en « compression». Pour provoquer le
déclenchement, il fallait que la « pédale »
« accroche » le pendentif puis le relâche,
ce qui est impossible en cas de simple choc du pendentif avec un
obstacle sur la voie. Le dispositif évitait ainsi les
déclenchements intempestifs. Comme pour le crocodile type Est,
il fut décidé qu’il ferait partie des appareils du
programme de 1914.
AUTRES
APPAREILS.
D’autres
appareils cités au chapitre 2 firent aussi l’objet d’essais
mais furent rapidement abandonnés.
LE
PROGRAMME DU RESEAU DE L’ETAT (1914)
Il
était prévu que seraient équipées :
-De
l’appareil Cousin modifié : la ligne de Chartres au
Mans (123 Km).
-De
l’appareil Van Braam modifié : les lignes de Saintes à
Royan par Varsay et de Saintes à La Rochelle (110 Km).
-De
l’appareil Augereau : la ligne de La Rochelle à Nantes
(179 Km)
-Du
crocodile type Est : les sections de Paris à Achères,
Vernon au Havre, Asnières à Mantes par Argenteuil et
Mantes à Caen (403 Km).
C’était
donc une extension de la répétition des signaux sur les
machines sur une longueur totale de 815 km.
103
machines devaient être équipées dont 58 du
crocodile type Est.
Rien
n’était fait le 2 août 1914. Nous l’avons dit, la
guerre interrompit totalement les
recherches
et essais sur ce problème.
Nous
voici donc arrivés en 1919 et la situation en est exactement
au même point qu’en 1914.
Nous
verrons au 5ème
et dernier chapitre que les choses vont s’accélérer
sous la pression des événements et sous l’impulsion
d’un ministre à poigne.
Nous
verrons au 5ème
et dernier chapitre que les choses vont s’accélérer
sous la pression des événements et sous l’impulsion
d’un ministre à poigne.
LA
RẺPẺTITION DES
SIGNAUX SUR LES MACHINES (5)
(d’après
Philippe Roland, La Vie du Rail, janvier à septembre 1980)
Nous
nous sommes quittés en 1919 et nous avons vu que rien n’avait
évolué entre 1914 et 1919.
Faisons
maintenant un bref rappel historique.
A
cette époque l’Association Internationale des Congrès
des Chemins de fer tient périodiquement des sessions au cours
desquelles les spécialistes viennent exposer et confronter
leurs points de vue sur des questions d’actualité
ferroviaire. A la VIIIème session tenue à Berne en
1910, il a été décidé d’examiner en
1915, au cours de la IXème session, « la répétition
et l’enregistrement sur les locomotives des signaux de la
voie……. ».
Cette
session n’a jamais eu lieu en raison de la guerre, mais le
représentant français Ferdinand Maison avait déjà
rédigé son rapport dont les conclusions étaient
les suivantes :
1)
La répétition des signaux sur les machines est une
nécessité de notre époque.
2)
Elle doit être considérée uniquement comme un
adjuvant de sécurité…….. Il ne saurait être
question de substituer un nouveau moyen de signalisation au système
actuel et par conséquent de supprimer les signaux de la voie
dont l’observation directe par le mécanicien restera
toujours la meilleure garantie de sécurité.
3) Elle doit être organisée de façon à
ne
pas émousser l’attention du mécanicien.
4)
La répétition des signaux ne doit s’appliquer qu’aux
signaux d’arrêt susceptibles d’être abordés en
vitesse sans que le mécanicien ait été prévenu
par un signal antérieur (disques à distance et signaux
indicateurs à damier vert et blanc).
5)
L’avertissement doit être donné au mécanicien
par un signal acoustique autant que possible distinct du sifflet
ordinaire de la locomotive.
6)
Les contacts de voie doivent être disposés à la
hauteur des signaux pour qu’il y ait concordance entre l’indication
de l’enregistreur et la position du signal.
7)
La répétition peut être réalisée
par des appareils à commande électrique ou mécanique.
L’idée
avait donc progressé mais la guerre avait tout arrêté
pour deux raisons :
-Les
réseaux avaient d’énormes soucis d’exploitation
avec l’acheminement des transports militaires et n’avaient pas
d’énergie à dépenser pour la recherche, fut-ce
celle de l’amélioration de la sécurité.
-La
censure militaire interdisait la publication de toute information sur
les accidents ferroviaires, susceptibles de « porter
atteinte au moral des populations » quelles qu’en soient
leurs causes.
C’est
ainsi que la plus grave catastrophe ferroviaire jamais survenue sur le
réseau français, le 12 décembre 1917 sur la
ligne de Maurienne et qui fit plus de 500 morts n’a laissé
aucune trace dans la presse de l’époque.
L’opinion
publique, aiguillon habituel des progrès dans ce domaine
sensible, faisait donc défaut pendant la guerre parce qu’elle
était anesthésiée par manque d’information.
En
1919 la censure militaire sur la presse est annulée et les
accidents de chemin de fer, qui n’ont jamais cessé, ne sont
plus ignorés du grand public. Le 3 novembre 1919 une très
grave catastrophe a lieu à Pont- sur-Yonne.
Il
se trouve que le ministre des Travaux Publics est un homme
énergique, monsieur Claveille, qui a été durant
la guerre ministre de l’armement de Clemenceau. C’est aussi « un
homme du métier » qui a été directeur
du Réseau de l’Etat.
Il
adresse aux Réseaux, le 19 novembre 1919, une circulaire dans
laquelle il rappelle que, malgré les efforts de son
administration, seul le Réseau du Nord est sorti de la période
d’expérimentation.
Il
insiste sur le fait « qu’il est de la plus haute
nécessité de faire sans délai un choix
définitif ».
Il
suggère que les conditions imposées à cet
appareil puissent être simplifiées pour qu’il soit
acceptable par tous les réseaux malgré la disparité
de leurs matériels.
Il
demande aussi aux Réseaux, en attendant la mise en place de la
répétition des signaux sur les machines, d’installer « sans
délai » des pétards pour
« appuyer les signaux ».
Une
nouvelle catastrophe, le 5 février 1920 à Perrigny,
fait à nouveau réagir énergiquement le ministre.
Les
circulaires du 10 avril et du 19 août 1920 enjoignent aux
Réseaux de « prendre les dispositions pour
que la répétition des disques et des signaux
annonciateurs à damier vert et blanc sur les machines soit
définitivement établie pour le 1er
août 1922 ».
Ce
délai réduit n’a pas l’heur de plaire à tous
les dirigeants de Réseaux. Certains souhaitaient de nouvelles
commissions, de nouvelles études mais, devant la
détermination de l’Autorité de Tutelle, ils doivent
s’exécuter.
Les
divers appareils régionaux sont tour à tour abandonnés
et, en 1925, l’unification du système est réalisée.
A
quelques variantes près, le « crocodile »
Nord a triomphé sur tous les réseaux en raison de sa
simplicité dans le contact avec les « brosses »
de la machine.
Il
reste à ce jour le moyen de liaison voie/machine le plus
répandu sur les lignes classiques à signalisation fixe
latérale.
|