LES BOGIES Y2

Parlons technique

par Jean-Jacques Dujardin

 

Je vais vous parler de nos voitures OCEM et plus particulièrement de leurs bogies. Toutes nos voitures sont équipées de bogies  « Pennsylvania » de type Y2. D’origine américaine, ce type de bogie à balanciers fut introduit en France vers 1907 pour le compte du Réseau de l’Etat. Son adaptation aux normes françaises fut effectuée sous les directives de monsieur Dubois, chef du service Etudes de l’époque. Il y eut un grand nombre de  variantes du bogie Y2 mais le principe est resté le même. Nos 6 voitures voyageurs sont toutes équipées de bogies Y 2. En voici le principe :

Deux doubles balanciers en acier (en vert schéma 1) viennent se positionner sur le dessus des boîtes d’essieux (en rouge schéma 1). Sur ces balanciers, dont les deux parties sont reliées ensemble par des entretoises, viennent prendre place 4 groupes de 3 ressorts hélicoïdaux « gigognes » (en rouge schéma 2), qui forment ce qu’on appelle la « suspension primaire ».

 

Schéma (1)

 

 


Schéma (2)

Sur cette suspension primaire vient se positionner le châssis (en bleu schéma 3) composé  de longerons en acier moulé ou profilé et de deux  traverses de tête en acier moulé ou profilé. Ce châssis se glisse entre les glissières des boîtes à rouleaux par ses joues de garde (appelées aussi plaques de garde). La partie supérieure des ressorts hélicoïdaux vient se positionner dans un logement fixé sur les longerons.

 


Schéma (3)

Dans la partie centrale du châssis, nous trouvons 4 bielles de suspension (en violet schéma 4) qui  reçoivent la traverse d’appui (en vert schéma 4 et 5 ).

 

Schéma (4)

La traverse d’appui reçoit de chaque côté 2 groupes de 4 ressorts à pincettes (en violet schéma 5) sur lesquels est positionnée la traverse danseuse (en bleu foncé schéma 5) avec sa crapaudine (point d’appui de la voiture) en acier moulé (bleu clair schéma 5). Cette traverse danseuse est guidée par des frottoirs. Sur la partie supérieure et de chaque côté de la crapaudine se trouvent les glissoirs qui servent à assurer le maintien de la voiture dans ses oscillations et dans les courbes.

Schéma (5)

Cet ensemble constitue ce qu’on appelle « la suspension secondaire ».

Ce bogie est complété par des entretoises de garde qui assurent le maintien des essieux

Le bogie Y2 reçoit un ensemble de tringlerie qui sert à assurer le freinage. Sur une traverse de tête intérieure d’un seul bogie par voiture, on trouve un support pour la dynamo ou la statodyne. (Voir photo 4). 

On remarque nettement sur la photo (1), la position des balanciers avec le support en forme de soucoupe des ressorts hélicoïdaux (dits à boudins). On y voit nettement les ressorts pincettes et la tringlerie de frein est bien visible.



Photo (1)  Bogie Y2 entièrement monté.

Il est bien évident que la tare des ressorts est primordiale pour assurer un bon équilibre de la voiture. Les voyageurs qui ont circulé dans nos voitures, sur des voies de seconde zone, ont pu constater l’étonnante souplesse de la suspension. Souplesse non limitée puisque ces bogies n’ont jamais reçu d’amortisseur. Il faudra attendre l’arrivée des bogies Y20, toujours à balanciers, pour voir apparaître les premiers amortisseurs à huile. Le bogie Y20 avait un jeu d’amortisseurs qui reliait le châssis au balancier de chaque côté du bogie, ce qui limitait les oscillations. Un amortisseur intérieur reliait la traverse danseuse au châssis de bogie afin de limiter la course de la traverse danseuse.

Il fallut attendre les années 1960 pour que les bogies Pennsylvania avec balanciers de type Y2, Y16, Y20, Y24 et Y26 soient remplacés par des bogies aux conceptions plus modernes et donc plus complexes.

Les bogies Pennsylvania de type Y2 étaient de très bons bogies qui équipèrent  pratiquement l’ensemble des voitures OCEM autorisées à rouler à 140 km/h.

 

Ces bogies présentaient néanmoins un défaut qui se situait sur les balanciers. Ceux-ci avaient une fâcheuse tendance à se fissurer au niveau des 4 points noirs indiqués sur le schéma (6).

Schéma (6)

Il faut dire que tout le poids de la voiture reposait sur ces balanciers. Pour tenter de remédier à ce problème, la forme des balanciers fut modifiée, ce qui créa le bogie Y16. On remarque que la courbure très inclinée des balanciers de l’Y2 est devenue pratiquement verticale sur l’Y16 (photo 2).

 

Photo (2) un bogie Y 16

Je signale que notre B4d (voiture bar) est équipé de bogies Y16. Il vous sera maintenant facile de faire la différence entre les bogies Y2 des voitures voyageurs et les Y16 de la voiture bar.

Photo (3)

Sur la photo (3), on voit l’équipe voiture du PVC au cours du remontage d’un bogie Y2DR. La photo montre la phase de remontage du châssis sur la suspension primaire et on distingue clairement les doubles balanciers reliant les boîtes. Les glissières de boîtes d’essieux vont recevoir les « entretoises » du châssis de bogie. La traverse d’appui est présente mais pas encore les ressorts à pincettes.

 

 

Photo (4)

Sur la photo (4) on voit un bogie totalement révisé avec, sur une traverse de tête, le montage de la statodyne (les courroies trapézoïdales sont visibles).  Lors de votre prochain voyage, soyez curieux et aller voir de près ces bogies historiques.        











 

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